Selon un rapport rendu public aujourd’hui, des groupes de défense des droits reproductifs en Afrique et aux Etats-Unis lancent un appel au gouvernement malien pour la protection de la vie des femmes enceintes. La cause la plus manifeste de la mortalité maternelle au Mali est l’état déplorable des infrastructures de santé qui rend les soins obstétriques inaccessibles à beaucoup de femmes, particulièrement dans les zones rurales. Ces groupes estiment que le gouvernement malien doit intensifier ses efforts en faveur de la protection de la vie des femmes enceintes.
Selon Laura Katzive, conseillère juridique au Centre pour les Droits Reproductifs et l’une des auteurs du rapport: « Pour faire face à ces défaillances en matière de santé et à leurs répercussions négatives sur la vie des femmes maliennes, des efforts nationaux et internationaux conjoints sont cruciaux ». Mlle Katzive a également ajouté que « le rejet quotidien des droits des femmes à l’auto-détermination et à la non-discrimination en matière de reproduction est un facteur contribuant à la perte inutile de vies humaines ».
Le rapport d’enquête sur les droits de l’homme intitulé « Réclamons nos droits : Survivre la grossesse et l’accouchement au Mali » rendu public aujourd’hui par Le Centre pour les Droits Reproductifs et l’Association des Juristes Maliennes, met en évidence des facteurs contribuant au taux élevé de mortalité maternelle et préconise des méthodes pour assurer le droit des femmes à vivre une grossesse sans risque. Au Mali, comme dans beaucoup de pays d’Afrique sub-saharienne, le risque de décès lors de la grossesse et de l’accouchement est inadmissiblement élevé : environ une femme sur 19 meurt des suites d’une grossesse au Mali (le risque pour les femmes en Suisse est de une pour 6 900) et les complications dues à la grossesse et l’accouchement sont la cause d’un tiers des décès chez les femmes âgées de 15 à 49 ans.
Au Mali, seulement une naissance sur quatre est suivie par du personnel qualifié. Cependant, le taux élevé de mortalité maternelle au Mali – estimé par les Nations Unies à 630 par 100 000 – réflète une vaste discrimination sociale.
Le mariage précoce est répandu au Mali où l’âge moyen au premier mariage est de 16 ans et demi. L’excision/la mutilation génitale féminine est pratiquée sur 94% des femmes maliennes. Par ailleurs, le déni des droits des femmes à décider d’elles-mêmes en matière de santé reproductive, le manque d’accès aux méthodes de planification familiale y compris, diminue la capacité des femmes à espacer les naissances et donc à protéger leur santé reproductive et leur vie.
D’après Fatimata Dembele Djourté, avocate au sein de l’Association et co-auteur du rapport « Au Mali, la mortalité maternelle est perçue comme une fatalité ». Elle ajoute « Cependant l’action du gouvernement peut sauver des vies. Nous demandons au gouvernement de tenir ses engagements et de prendre les mesures nécessaires afin de réduire la mortalité maternelle. »
Le droit de vivre une grossesse et un accouchement sans risque est protégé par des instruments internationaux de droits de l’homme qui engagent les parties prenantes et garantissent aux femmes le droit à la vie. Le gouvernement malien fait partie des états qui ont ratifié ces traités et doit par conséquent remplir son obligation d’assurer le droit des femmes à vivre une grossesse et un accouchement sans risque.
Les groupes de défense des droits reproductifs recommandent que le gouvernement malien renforce la capacité du système de santé à fournir des services de santé maternelle, reforme les lois pour assurer l’égalité des femmes et leur autodétermination en matière de reproduction, et étende ses services afin d’encourager les femmes à revendiquer leur droit à jouir d’une grossesse et d’un accouchement sans risque. Les groupes de défense des droits reproductifs font appel aux gouvernements africains, dont le Mali, et aux institutions internationales et régionales pour qu’ils conjuguent leurs efforts afin de reduire les forts taux de mortalité maternelle à travers l’Afrique.
Le rapport en question est lancé à la Conférence sur les droits et la santé sexuelle et reproductive des femmes Africaines à Johannesburg, en Afrique du Sud, organisée par Amanitare, le Partenariat Africain pour les Droits Sexuels et Reproductifs des Femmes et des Filles. La conférence marque la journée de la santé et des droits des femmes africaines, une journée destinée à tous les africains, pour célébrer leurs droits à un esprit sain, un corps sain et une âme saine.
Kadja était ma grande soeur. Elle est morte il y a deux ans. Elle n’avait même pas vingt ans….Elle était très jeune quand elle s’est mariée à quatorze ans, mais il faut dire que c’est vers cet âge que toutes les filles se marient chez nous …Quatre ans après son mariage, elle n’avait pas encore eu d’enfants. Au début, les gens parlaient derrière son dos mais après on se moquait d’elle en disant qu’elle n’aura jamais d’enfant et que son époux devrait se remarier. Sur les conseils de sa mère, ce dernier se fiança avec une fille du village. C’est alors qu’on s’est aperçu que ma soeur était enceinte.
Quand la grossesse avança en âge, son mari voulait qu’elle se repose mais notre tante refusait en disant qu’elle n’était pas la seule femme à avoir eu une grossesse.
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Un jour , pendant qu’elle cassait du bois, la poche des eaux s’est rompue. N’étant pas informée sur les conséquences de cette situation, elle a fait comme si de rien n’était…. Quelques jours plus tard, elle ressentait des douleurs atroces ... On ne l’amena pas à l’hôpital qui est éloigné du village. Elle est morte au bout de deux jours sans qu’on ait tenté quoi que ce soit.
Je crois que l’enfant est mort dans son ventre. Ma mère a dit que cela devait être son destin mais, au fond elle ne s’est pas résignée et elle souffre beaucoup encore….